Interview d’Olympe de G.

Posté par sur 11 sept 2018 dans Les critiques de Chaki | 0 commentaire

Interview d’Olympe de G., réalisatrice

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« Un bel après-midi de fin d’été est le moment rêvé pour rencontrer une belle personne. » Voila ce que je me suis dit en quittant Olympe après un café en terrasse. Nous avons parlé de réalisation, d’éducation sexuelle, de responsabilité, mais aussi bien sûr, de ses projets d’écriture… Je n’ai pas vu passer le temps. Chaki, ce petit veinard, lui avait déjà posé plein de questions. Les réponses d’Olympe sont passionnantes, comme elle. Je vous laisse la découvrir:

Chaki : La première question que je pose aux amies de ma maitresse est toujours la même : Je peux monter sur tes genoux ?

Olympe : Mes genoux sont tes genoux :) Je ne refuse jamais rien aux chats.

Chaki:  Parle nous d’abord de toi : qui es-tu? Quel est ton parcours ?  Peux-tu évoquer ton engagement féministe, tes convictions bref, ce qui t’a amenée à faire ce que tu fait aujourd’hui ?

Olympe: Je suis parisienne, j’ai 35 ans. J’ai étudié l’histoire de l’art, avec une spécialité en art contemporain, et j’ai ensuite bossé dans la pub comme conceptrice-rédactrice. Il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à réaliser des clips et des spots de pub. Et j’ai décidé de me tourner vers le porno féministe il y a 3 ans. C’est une décision que j’ai prise à l’époque de l’année où on prend des bonnes résolutions, entre Noël et le jour de l’An ! À l’époque, je passais mes jours et mes nuits à faire des vidéos, des dessins, écrire des poèmes ou des chansons érotiques pour des amants de passage. Le sexting m’inspirait comme jamais, ça me reconnectait à tout ce que j’aimais faire plus jeune : dessiner, prendre des photos, écrire… Et à force de faire des vidéos porno de plus en plus élaborées pour un tel ou un tel, j’ai réalisé qu’en fait c’est ce que j’aimais faire, et qu’il fallait que je le fasse vraiment, avec une vraie prod, avec des moyens, et pour une audience qui ne soit pas juste un mec ! C’était génial de réaliser que c’était la sexualité qui était mon carburant créatif, ce qui me donnait vraiment envie de m’exprimer. J’avais mis 10 ans à le comprendre, et j’avais tant de choses à dire, à raconter, je me sentais passionnée. Les premiers scripts sont venus avec une facilité déconcertante. Dans le sens où passer de longues heures à y bosser était un plaisir, je ne sentais pas le temps passer.

La raison pour laquelle ça a été une telle révélation pour moi de me mettre à écrire sur le sexe, à réfléchir sur le porno, c’est aussi que j’avais en moi une vraie colère à exprimer, ou plutôt une indignation. Qui remontait à mes 13 ans. 20 ans de colère enfouie qui ressortaient… Flash back, je remonte à mes 13 ans. Je suis quelqu’un de très candide, de très transparent, et je l’étais d’autant plus à 13 ans. Dès que j’ai ressenti du désir pour un garçon, au lycée, j’ai décidé de l’exprimer clairement. D’aller le voir et de le lui dire (en tremblotant parce que j’étais directe, mais timide !). Ce comportement m’a valu d’être appelée immédiatement « la salope ». Et ce petit nom d’amour ne m’a pas quittée, toutes mes années lycée. Ma réputation de salope était tellement faite, qu’elle est même arrivée aux oreilles de ma mère. Elle a serré la vis, au lieu de prendre mon parti de jeune fille théoriquement libre, elle, mère théoriquement féministe. Je pense qu’elle a eu honte. Bref ça c’est la scène originelle, quand j’ai appris qu’en tant que fille mon désir était honteux. Et ça a continué à tous les âges de ma vie, avec récemment, au travail, un patron de 50 balais à qui j’ai bêtement confié que je voyais quelqu’un un soir, et qui m’a ensuite demandé de façon répétée de ne pas avoir d’amants pendant les déplacements professionnels pour ne pas donner une mauvaise image de l’équipe. Être une salope est tellement infamant, qu’on peut aussi contaminer la réputation des gens autour de soi. Incroyable non, le pouvoir qu’a la salope ? Bref… J’ai entendu toute ma vie des injonctions, de la part d’hommes comme de femmes, de la part d’intimes comme de gens que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, de me comporter « comme il faut ». Comprendre : comme il faut, quand on est une femme.

Il y a 3 ans j’ai atteint un état de ras le bol nucléaire. J’ai eu besoin d’arrêter d’avoir honte. Et à la place, de faire de mon énergie sexuelle une fierté.. C’est pour ça que j’ai décidé de tourner dans mon premier film, et pour d’autres réalisatrices. J’ai décidé d’exposer ma sexualité comme quelque chose de positif, de glorieux même, quelque chose qui rend heureuse. Pour moi, le porno c’est le moyen de dire une bonne fois pour toute : je suis un SUJET sexuel, désirant. Et j’en suis fière. Le sexe n’est pas quelque chose dont j’ai à avoir honte.

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Chaki : Sur ce blog, il a déjà été question du pouvoir de la voix, quand il s’agit d’un texte érotique, notamment via les lectures érotiques de Charlie. Avec Chambre 206, tu pousses l’expérience un cran plus loin en recréant « en immersion » l’intimité d’un couple. Ici pas de texte lu. C’est tout un univers que ton équipe et toi faites partager, uniquement par le son: une belle prouesse ! Comment as-tu eu cette idée diablement excitante ? Peux-tu nous présenter ton équipe et nous expliquer comment vous travaillez ? 

Olympe: Chambre 206 est né grâce à une amie à qui je parlais depuis belle lurette de mon envie de faire du porno audio en binaural. Le binaural, c’est une technologie d’enregistrement stéréo qui donne une illusion surprenante de son à 360 degrés autour de soi. Je me disais que ce serait très excitant de fermer les yeux, et d’avoir l’impression d’être entouré.e de gens qui baisent. Cette amie m’a présentée à Piu Piu, une DJ parisienne, qui avait eu exactement la même idée, et lui en avait aussi parlé. C’était parfait ! Piu Piu m’a invitée à travailler avec elle et Antoine Bertin, artiste sonore. J’ai sollicité Audible pour produire l’événement, ils ont répondu présent. On avait les idées, le matériel, les compétences, le lieu, les fonds… Il me fallait des performers. Mais des performers qui s’expriment vocalement pendant le sexe, comme on n’a que le son… d’une façon pas stéréotypée, qui ne sonne pas faux… Et d’une façon personnelle.

C’est grâce à Anne-Sophie Hunault, la rédac chef du Journal du Hard, que j’ai rencontré Lélé O. Lélé O fait de la cam, en se servant beaucoup de sa voix. Elle a une voix très belle, elle aime les mots, elle les utilise avec précision et doigté, elle est très sensible au son, qu’elle travaille déjà chez elle. Elle ne veut pas faire de porno, mais ce rôle était tellement fait pour elle, qu’elle a eu envie de dire oui. Elle a choisi son partenaire, quelqu’un qu’elle connaissait déjà intimement. Et voilà, on avait notre couple :) On a fait pour eux un « stylisme sonore », ce qui signifie qu’on a choisi des fringues et des accessoires qui visuellement peuvent piquer les yeux, mais qui vont bien sonner : une jupe en vinyle, des zips, des boutons pression, du lubrifiant, des godes en verre… Rien n’allait avec rien, mais ça avait de la présence au micro ! Le jour de l’enregistrement de la scène, Lélé O et son partenaire, Big B, savaient quels gestes, quels actes seraient intéressants en terme de son, on avait décidé ensemble de moments clé qui structureraient leur performance. Pendant l’enregistrement, Antoine et Piu Piu se tenaient  hors de la chambre. Et moi, j’étais le micro humain, assise sur le lit, au centre de la pièce, un micro dans chaque oreille. Immobile, le dos droit, les mains sur les genoux, la bouche ouverte parce que c’est plus silencieux que la respiration par le nez. Un bandeau sur les yeux, pour qu’ils se sentent plus libres de faire ce qu’ils veulent, malgré ma présence incongrue ! Mis à part ces quelques actes clés qu’on avait établis ensemble, Lélé O et son partenaire avaient carte blanche. Je ne les ai quasi jamais interrompus, si ce n’est pour leur demander quelques gros plans sonores. Qui consistaient donc à se rapprocher un maximum d’une de mes oreilles. Promiscuité… Ça ne les a pas coupés. Il a fallu les arrêter au bout de 90 minutes, c’est Antoine, peu Piu et moi qui étions crevés ! Le tournage a été une belle expérience pour tout le monde.

Ensuite, on a eu un gros boulot de montage, avec Antoine Bertin. On a entrecoupé la scène de Lélé O et Big B avec des jerk off instructions que j’ai écrites pour la voix hyper sensuelle de Piu Piu et qu’on a enregistrées en studio. Elles encouragent l’auditeur.rice à laisser monter l’excitation, le trouble, et à se toucher en écoutant la scène… Et l’exercice a été intéressant, parce que je m’adressais autant aux hommes qu’aux femmes dans le cadre de chambre 206, donc il fallait que j’écrive des Jerk Off Instructions non-genrées. Par exemple Piu Piu t’invite à toucher ton sexe (et non pas ta bite ou ta chatte), à titiller ton téton ou à malaxer ta poitrine (et non pas tes seins ou tes pecs etc…) et  plus j’avançais dans l’écriture plus je me disais : ça marche super parce qu’on est tous faits pareil ! Par exemple, un homme en érection va mouiller, il y a du liquide séminal qui perle… Et une femme excitée va être dure, son clitoridien est en érection. Donc parler de mouiller, d’être dur.e, c’est applicable à tout le monde, quoiqu’on ait entre les jambes. Et puis on a monté tout ça avec, clou du spectacle, une session de batterie sur culs !! Jouée par Jamie Oliver, un batteur de punk avec qui je me suis liée d’amitié pendant un stage de chute libre. Il est anglais, il joue dans les UK Subs, et ils étaient en concert au Gibus cette semaine là. On l’a invité à passer à l’hôtel Grand Amour la nuit précédant le show, et il a fait des solos de percussions à mains nues sur quatre paires de fesses volontaires, dans la même chambre que celle où Lélé O et Big B avaient tourné sa scène. Voilà…

Ensuite, comme le binaural est d’autant plus bluffant quand on joue le son à l’endroit même où il a été enregistré, on a diffusé « Chambre 206 »  lors d’un l’événement organisé dans la chambre où on avait tourné la scène. La chambre 206. 60 personnes sont venues s’assoir sur le lit, là où j’étais assise. Et se sont laissées encercler par les ébats sonores de Lélé O et Big B.

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Miss Kat : J’ai très envie de réécouter Chambre 206 maintenant que tu nous as livré les secret de tournage !

Chaki:  Chut, c’est moi qui pose les questions !

L’appli Rose est la  surprise auditive de l’été. Comment est né ce projet ? Qu’est ce qui t’a amené à remettre le téléphone rose (concept plutôt vintage) au goût du jour ? Existe-t-il déjà des applications semblables à l’appli Rose ? 

Olympe: L’Appli Rose est une commande d’Audible. C’est Éloïse Elandaloussi, qui travaille chez Audible à Berlin, qui a eu cette idée géniale d’application de rencontre sans image, uniquement avec le son. Elle m’a livré l’idée et m’a demandé d’en faire une série, qui serait produite par Audible pour la France. C’était génial comme opportunité, mais aussi flippant. Écrire 10 épisodes de 20/30 minutes chacun en quelques mois… C’est presque 5 heures de dialogues non stop ! C’était beaucoup de travail, mais j’hésitais surtout parce que je craignais qu’une grosse boîte comme Audible enferme l’écriture dans un carcan d’érotisme conventionnel, trop hétéronormé, trop propret. Je ne voulais surtout pas m’engager sur ce terrain là. Le porno, c’est quelque chose que je fais pour mon plaisir, par conviction, et je ne voulais certainement pas me retrouver contrainte à écrire des scénarios en lesquels je ne crois pas. J’avais aussi peur que le langage soit trop policé, et qu’on soit cul cul. Audible avait précisé qu’il fallait ne pas être vulgaire et je me suis mise à stresser sur des choses toutes bêtes. Par exemple si je ne peux pas faire dire « couilles » à mes personnages les plus jeunes et spontanés, je leur fais dire quoi ? « Bourses » ?  « Testicules » ? J’étais un peu crispée… Et j’avais tort, la collaboration avec Audible s’est passée d’une façon excellente. J’ai travaillé de façon rapprochée avec Éloïse, lors de l’écriture, et Myriam Gilles lors de la réalisation, et j’ai bénéficié à tous les stades d’une liberté remarquable, qui m’a moi même étonnée ! Tous les actes sexuels, tous les types de personnages et de sexualités ont été acceptés. Les retouches demandées avaient beaucoup de sens. Zéro censure… J’ai mis mes préjugés au placard ! Une fois la bible validée par Audible, j’ai travaillé à la rédaction des dialogues avec Alexandra Cismondi, une auteure beaucoup plus confirmée que moi, qui m’a beaucoup appris sur l’écriture, de dialogues notamment. Notre collaboration a été un coup de coeur réciproque. Bref, Éloïse a eu cette super, idée, et Alexandra et moi lui avons donné corps avec, nous l’espérons, autant de contemporanéité que possible. Le concept du téléphone rose est vintage, mais encore plus que par la forme de l’appli de rencontre, je pense qu’il est vraiment remis au goût du jour par les sujets différents qu’on a abordés dans cette série : le sexe en situation de handicap, le travail du sexe choisi et apprécié, la sexualité trans, le polyamour, la bisexualité en couple, le plaisir sexuel sans acte sexuel, la possibilité pour les mecs hétérosexuels de prendre du plaisir anal… J’avais envie que cette Appli Rose ouvre plein de fenêtres différentes sur le sexe. Et le sexe d’aujourd’hui !

Miss Kat : Je parlerai bientôt plus en détail de la collection Libido chez Audible. Le catalogue de textes érotiques s’étoffe et c’est tant mieux ! 

Chaki : Enfin, si tu en as envie, parles-nous de tes projets, de tes envies pour la suite: tu as carte blanche !

Olympe: Avec plaisir ! On vient de lancer avec Lélé O et Antoine Bertin dont je t’ai parlé plus haut un podcast de « Jerk Off Invitations » pour femmes. Ça s’appelle VOXXX, et ce sont des séances de masturbation guidées, pensées par des femmes pour des femmes. D’un épisode à l’autre, les voix sont masculines ou féminines, et les instructions prennent plein de tonalités différentes : douces avec une inspiration pleine conscience, ou alors crues et excitées, ou encore poétiques, ou dominatrices. Allez jeter une oreille, c’est en accès gratuit. Et c’est auto-produit. On travaille bénévolement mais en revanche on paie les voix de Voxxx. Donc pour que ça continue on a besoin d’auditrices… et de mécènes ! Tout est sur Voxxx.org. On est aussi sur Apple Podcasts.

Et pour la suite… J’ai envie d’écrire une série avec Alexandra. Mais une série filmée cette fois. Un projet moins contemplatif que mes films précédents, avec beaucoup de dialogues, comme dans l’appli rose.  J’ai une idée, ça part d’ailleurs un des premiers scripts que j’ai écrits il y a 3 ans ! Et avant de m’y mettre d’arrache pieds, je cherche quelqu’un qui aurait envie de la produire et de nous accompagner tout au long de ce projet. C’est une série X qui laisserait beaucoup de place à la fiction, donc pas forcément idéale pour les boîtes de prod X avec lesquelles je suis en contact ordinairement. Je verrais bien Canal ou Puzzy Power. On verra bien !

Chaki: Je te laisse indiquer ci dessous les différents comptes sur lesquels on peut te trouver :

Blog: http://olympe-de-g.tumblr.com
Compte Twitter: https://twitter.com/Olympe_De_G
Instagram de Voxxx : vox_xx_audio
Patreon de Voxxx: https://www.patreon.com/voxxx

 Miss Kat et Chaki : Encore merci de t’être prêtée au jeu des questions du matou reporter et à très vite !

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