A un clic du pire, Ovidie

Posté par sur 2 avr 2018 dans Carrousel, Les critiques de Chaki | 0 commentaire

A un clic du pire, Ovidie

 

A un clic du pire, la protection des mineurs à l’épreuve d’internet, d’Ovidie

aux éditions Anne Carière

834BD6FE-C29D-4500-9E13-BD02AE8D639DUne fois n’est pas coutume, Chaki me cède la plume pour vous présenter un livre. Il s’agit d’une autre pépite ramenée du Salon : A un clic du pire, la protection des mineurs à l’épreuve d’internet d’Ovidie.
Mettons les choses au clair : ce livre n’est pas, comme j’ai pu l’entendre, « un pamphlet anti porno ». Connaissant le travail d’Ovidie, cela m’aurait d’ailleurs surprise. Il s’agit d’un constat sur la dégradation de l’industrie du porno depuis l’arrivée des plateformes de streaming (les tubes) comme XVidéo ou YouPorn et d’une réflexion intelligente sur la possibilité de dialoguer avec les plus jeunes (bien souvent très jeunes) pour les former face aux images qu’ils peuvent voir en surfant sur le net. Ils sont nés avec, le maîtrise souvent mieux que leur ainés, mais c’est toujours à leurs parents de les préparer à plonger dans le monde (virtuel ou réel).
Quand j’évoque le sujet : « porno vs mineur », j’entends immanquablement deux types de réactions. Soit on me dit : « Ce n’est pas bien grave, c’est la vie ! » (j’attends le : « C’est de son âge… »)
Ou alors : « Il faut interdire internet, la pornographie, l’ordinateur, les smartphones (et j’en passe…).

Voici ce que propose Ovidie :
« Puisque nous ne pouvons revenir à une époque pré internet, autant analyser ce qui nous entoure avec pragmatisme et rechercher les meilleures mesures de protection. »
Merci. Enfin un peu de calme et de bon sens.
Ce livre synthétise le travail fait par l’auteure et réalisatrice dans ses documentaires : Pornocratie et À quoi rêvent les jeunes filles (dont j’avais déjà parlé ici).
Si elle aborde, (comme elle l’a fait dans Pornocratie) l’influence des tubes sur l’industrie du porno, c’est aussi pour pointer le lien entre un porno de plus en plus facilement accessible mais aussi de plus en plus trash et l’influence de ces images sur la construction du rapport à l’autre ( sujet de À quoi rêve les jeunes filles ?). Un passage m’a particulièrement interpellée :
« On ne recherche plus une pornstar par son nom mais par ses spécificités physiques et par les pratiques qu’elle effectue. Comment développer une forme d’empathie vis à vis de cette femme à l’écran, puisqu’elle n’a souvent même plus d’identité ? Par extension, comment développer une empathie vis à vis des personnes qui nous entourent si nous les désignons par une série de mots clés, y compris in real life ? »
Il ne suffit pas de pointer les problèmes pour les résoudre, mais en prendre conscience et en connaître les mécanismes sont deux étapes fondamentales. C’est l’objet de ce livre.
Ensuite ? Je laisse le mot de la fin à Ovidie: « Peut-être pouvons-nous faire le pari de la confiance envers les générations à venir. Peut-être nous faut il accepter de dialoguer avec elles, les aider à se forger un esprit critique et à ne pas se laisser abrutir par l’ensemble des images dont elles sont bombardées. »
Mon avis : c’est un beau projet et le seul viable à mon sens. J’entends d’ici ricaner les sceptiques / ironiques du début de l’article. Mais dites-moi : que devons-nous faire ? Laisser nos enfants se débrouiller seuls face à des images qu’ils ne parviennent pas à assimiler ? A ceux qui seraient tentés de répondre « pourquoi pas, je n’en suis pas mort », je dis que même si je suis ravie que vous alliez bien, nous pouvons tous faire mieux.

Pour vous procurer ce livre, cliquez ici :

ovidie-portrait-paris-le-8-novembre-950x0-2Ovidie est née en 1980. Après une adolescence militante, au sein de groupes féministes, elle décide, à la fin des années 1990, de se revendiquer « travailleuse du sexe » et de développer un concept de pornographie féministe. Après avoir réalisé une dizaine de films pour adultes, elle se consacre aux documentaires et se spécialise dans les questions de corps et de sexualités. Elle est aujourd’hui journaliste, auteure, mais aussi mère de famille

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