Le bain

Ce soir, c’est relâche. Enfin la solitude, loin du monde. Pour une fois, elle a décliné toutes les invitations. Son téléphone en mode avion, elle savoure le silence, allume des bougies et se fait couler un bain avec de la mousse.

Elle se glisse avec précaution dans l’eau trop chaude qui rapidement l’engloutit jusqu’au ventre. La brûlure de l’eau lui évoque la morsure d’un amant, tels des crocs impulsifs au creux de sa chair.

Dans sa tête, toujours cet autre. Ce bain est comme sa main autour de sa taille: Invasive, trop présente, mais lénifiante. L’eau s’engouffre dans chaque plis de la peau et lui ôte toute volonté. Chaque goutte trace sa route sur son corps déjà prêt à rendre les armes.

Comme elle aimerait qu’il soit là !

Elle voudrait tant qu’une autre chaleur que celle de l’eau la submerge…

Derrière ses yeux clos, son esprit s’évade.

Il la rejoint. Dans la baignoire, son corps d’homme tout en muscles et en nerfs l’encercle et lui ravit l’espace. Elle aimerait le dévorer du regard, mais la lumière briserait le charme, elle le sait. Alors, elle laisse ses mains voir à sa place: ses doigts dessinent des arabesques humides le long des tatouages qu’elle imagine le long du cou, sur les épaules et les bras. Sur son torse, ses ongles butent sur d’anciennes cicatrices sillons qui écrivent dans la chair une histoire en clair obscur, dont elle ne saura rien. Alors, pour ne pas laisser son esprit divaguer, elle plonge dans la mousse et pose ses paumes au creux de l’aine, de part et d’autre du nombril.

Par dessus les bruits de l’eau, elle l’entend soupirer. Les yeux toujours clos, elle pianote distraitement sur la zone souple du ventre. A mesure qu’elle s’approche, elle le sent se tendre, à l’affût du moindre mouvement.

Elle diffère autant qu’elle le peut l’instant de s’emparer du sexe qu’elle sait déjà dressé. Plusieurs tours et détours plus tard, elle l’attrape enfin. Protégée par l’amas mousseux, elle s’amuse et cajole ce jouet merveilleux dont elle ne disposera que ce soir. Alternant rythme lent et saccades, elle fait monter son désir en flèche. Alors même qu’elle écoute son souffle court une main se glisse entre ses cuisses. Leurs soupirs se synchronisent. Leurs gémissements se mêlent. Son sexe palpitent, avide de plus. Les paupières scellées, elle crie son plaisir, le membre dur toujours au creux de la paume.

Encore chavirée par son orgasme, elle perd le contrôle, quand d’un geste vif, il la fait basculer sur lui. Jamais elle n’a été plus près de le sentir en elle. Telle une plume, elle le laisse promener son corps sur le sien, retrouvant parfois peau contre peau, les endroits que ses mains viennent tout juste d’explorer.

Sans se soucier de l’eau qui déborde autour d’eux, il la prend par la taille et la soulève. Il va enfin s’enfoncer en elle. De cette seconde unique, elle ne veut rien perdre. Alors, elle s’autorise la transgression ultime : elle ouvre les yeux… Et tel le génie de la lampe, son bel inconnu disparaît. Elle se retrouve seule dans son bain. Autour d’elle, la mousse a disparu. L’eau est bien plus froide que son ventre qui bouillonne encore. La lumière pourtant douce des bougies l’aveugle. Elle sort de l’eau.

Ce soir, c’est relâche, mais elle sortira quand même. A bas la solitude, elle a besoin du monde, pour oublier l’homme qui n’existe pas encore.

Merci à l’illustrateur : Niko
https://www.instagram.com/niko_blanche_8/

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2 Commentaires

  1. Envoûtante cette jolie histoire!

  2. Belle histoire…. une rêverie toute éveillée…. ta plume est toujours aussi acérée..
    Amitiés du Matou !

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