Interview d’Emmanuelle de Paris Derrière,

Posté par sur 8 sept 2017 dans Carrousel, Les humeurs de la Miss | 1 commentaire

Interview d’Emmanuelle de Paris Derrière,

Interview d’Emmanuelle de Paris Derrière

Pour bien commencer cette nouvelle année scolaire, Chaki a eu la chance d’interviewer une référence dans le monde libertin parisien : Emmanuelle, la journaliste à l’origine du site Paris Derrière.

Depuis, il parade. Limite, il me snobe. Mais qu’importe, je le laisse savourer. Je le laisse ronronner et donnerai mon avis à la fin de cette superbe interview.

Chaki : Bonjour Emmanuelle, je suis très fier de te rencontrer. Et heu… je peux monter sur tes genoux ?

Je rêve : Chaki a rougi. C’est très rare, d’une part parce que c’est un chat, d’autre part parce que ce n’est pas dans son caractère.  Je vous assure : mon matou est tout chose. 

Emmanuelle : Allez viens !

Chaki : Ronron. Merci. Parle nous de ton parcours : comment es tu devenue la grande reporter des nuits libertines parisiennes ?

Emmanuelle : J’ai été reporter sur la radio RTL pendant 13 ans dont 6 ans au service politique. J’aime être sur le terrain. Parallèlement, je menais une vie noctambule assez riche, je suis une fêtarde invétérée. C’est par ce biais que j’ai découvert le Paris décadent. J’y ai rencontré des personnes avec des parcours incroyables et des discours vraiment intéressants. C’est passionnant de décrypter la société par ce prisme. Plutôt que de continuer à avoir une double vie, j’ai décidé de décloisonner. J’ai quitté RTL et je suis devenue journaliste indépendante spécialisée dans les sexualités et les genres. En créant Paris Derrière, j’ai réalisé mon rêve de parcourir les soirées olé olé et de les raconter, de montrer que la réputation de Paris, ville de l’érotisme n’est pas usurpée. Cependant, je m’intéresse aussi à ce qui se passe dans les chambre à coucher. J’aime aborder les sujets sur la sexualité des parisiens pas forcément libertins, parler de la masturbation, du couple, des problèmes liés à la performance à tout prix au lit etc.

Chaki : J’adore  ton blog. Peux tu nous dire où trouves tu toutes tes idées ?

Emmanuelle : Déjà, en me rendant sur les évènements que j’annonce à l’agenda du blog ou à des soirées privées où je suis invitée. Je discute beaucoup avec les personnalités de l’érotisme parisien : organisateurs de soirées, de club, patrons de love shops, libertin.e.s, dominatrices, dominateurs, soumis.e.s, auteur.e.s de littérature érotique, pornographe, cam girl, actrice X mais aussi des sexologues, psychologues, médecins, anthropologues, historiens. Et puis, je me laisse portée par l’air du temps. Avec internet, nous vivons une nouvelle révolution sexuelle, la parole sur la sexualité se libère. Grâce aux blogs, aux forums et aux réseaux sociaux, les gens s’aperçoivent qu’ils ne sont pas seuls avec leurs fantasmes ou leurs problèmes. Pas mal de tabous tombent. Franchement, je n’aurai pas assez de toute une vie pour traiter tous les sujets.

Chaki : Le libertinage, c’est  un peu le sujet pour faire fantasmer la lectrice de magazines féminins en été. Mais ce genre d’article se termine trop souvent sur une pointe de morale bien pensante. Donc, toi qui connait « les libertins » comment les définirais tu ? (Je sais, c’est une question bateau : je ne suis pas sûre que « les libertins » existent en tant que groupe. Mais je demande quand même)

Emmanuelle: Le mot « libertin » a perdu sa signification originelle, celle du XVIIIème siècle. A l’époque, les libertins étaient des punks, des hommes et des femmes qui transgressaient les règles établies et notamment celles de la religion catholique. Cette philosophie est issue des Lumières et de cette recherche de liberté, d’autonomie. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus libres, la consommation a remplacé la religion, il est donc beaucoup plus difficile de transgresser. Ce qui explique que le milieu libertin, n’est ni en avance, ni en retard sur la société, il est à son image. Dans les clubs, il y a beaucoup de clichés et d’interdits : pas de sexualité entre hommes, pas de femme enceinte, pas de travesti et transsexuel.le.s, godes-ceinture interdits etc. Ce milieu est différent du BDSM même s’ils s’interpénètrent.

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 Chaki : Des projets en cette rentrée ?

 Emmanuelle: Après le succès de ma web série documentaire Poilorama sur ARTE Créative, je prépare une deuxième web série qui parlera de l’accélération de la société liée aux nouvelles technologies numériques. Tu vas me dire « quel rapport avec le sexe ? » Et bien, il y a un lien très important avec le corps. Nous sommes de plus en plus dans le virtuel, le nez dans notre smartphone, toujours en train de rentabiliser chaque minute. Et cela ne nous rend pas très heureux. Notre salut passe par le sensuel, par le fait de réintégrer notre corps et de vivre l’instant présent sans toujours prévoir, vouloir tout contrôler, ce qui est une illusion. Il y aura bien sûr un épisode sur l’amour. Je ne suis pas technophobe, j’ai un blog et selon moi, internet, les technologies numériques et les algorithmes sont des outils formidables mais ce ne sont que des outils. Ils doivent être à notre service et non l’inverse.

L’avis de Miss Kat : Je pense aussi que nous n’aurions pas assez de tout une vie pour explorer tous les sujets liés à la sexualité et à la sensualité. J’aime ton blog car il donne l’impression d’observer le Paris décadent de derrière un rideau. Libre à celui qui le souhaite de le soulever ou non. Mais grâce à toi, on sait que cela existe !
Si je devais approfondir un sujet avec toi, ce serait sans doute celui des tabous en clubs et des connexions entre le milieu libertin et le milieu BDSM. J’en reparlerai dans un prochain article mais j’espère que j’aurais le plaisir d’avoir ton point de vue.
Enfin, « Notre salut passe par le sensuel » : comme tu as raison ! J’ai rencontré pour la première fois le mélange sexe / virtuel à l’époque du Minitel. Je me souviens avoir trouvé ce drôle de cube amusant et surtout protecteur. Il suffisait de couper la com pour disparaitre. Aujourd’hui, on a développé notre identité virtuelle au point de la laisser prendre le pouvoir. Nous ne nous rencontrons plus sans un passage en ligne au préalable. On se connait mieux sur Facebook ou Twitter que dans la vraie vie. C’est délirant pourtant, d’une certaine manière, c’était prévisible. On nous pousse à la performance. Dans tout, même (surtout) dans nos relations humaines il faut être le meilleur et pour cela, nous contrôlons, corrigeons, validons. Dans certains cas, c’est presque une peur qu’il faut combattre pour se trouver à nouveau en prise avec le réel. Il est temps de nous réapproprier notre corps et ses imperfections, de retrouver l’envie de jouer avec notre sensualité.
Un grand merci Emmanuelle, d’avoir accepté de répondre aux questions de mon matou et au plaisir de te croiser en soirée ou ailleurs !

1 commentaire

  1. Un entretien intéressant !

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